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L’historien français BERNARD ROSEMBERGER: Entretien autour de son parcours Par Othman Mansouri

L’historien BERNARD   ROSEMBERGER et Mr Othman Mansouri

L’historien BERNARD ROSEMBERGER et Mr Othman Mansouri

L’historien  français  BERNARD  ROSEMBERGER.

 Entretien autour de son parcours

Par Othman Mansouri

(Première partie)

Présenter en quelques phrases le professeur BERNARD RSEMBERGER n’est pas chose aisée, eu égards à la richesse et à la diversité de son parcours professionnel. Il s’agit, en effet d’une personnalité éminente, qui s’est distinguée, parmi d’autres, dans le domaine de la recherche au Maroc, notamment en histoire moderne. Le professeur ROSEMBERGER a vécu la naissance de l’Université marocaine et a accompagné ses débuts, à l’aube de l’Indépendance du pays. Par ses efforts incessants, il a largement contribué à l’élaboration et à la modernisation des programmes et méthodes de l’enseignement de l’histoire et de la géographie dans notre pays. Il a ainsi fortement marqué de son empreinte la recherche historique durant les nombreuses années où il a séjourné au Maroc puis en France. Il a de même participé à la formation de nombreux étudiants  dans notre pays où il compte également des amis restés fidèles à son souvenir.

C’est  vers le milieu des années 70 qu’il a été contraint de regagner la France , suite à l’arabisation de l’enseignement de l’histoire dans les universités marocaines. Après cette époque, les générations d’historiens chercheurs marocains  n’ont donc pas eu le privilège de le côtoyer et de le connaître…

Il ya quelques mois, j’ai eu le plaisir de rencontrer le Professeur B.Rosemberger, à l’occasion d’un colloque international à Mertola, au Portugal. Je l’ai sollicité pour une rencontre et un entretien avec les historiens marocains afin de renouer les liens d’amitié avec ses anciennes connaissances. C’est également l’occasion pour présenter aux autres quelques étapes importantes de sa vie.

Je le remercie vivement d’avoir accepté de nous accorder l’entretien suivant :

  • Professeur Rosemberger, je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue sur le site internet de l’Association marocaine pour la Recherche historique. Cette association a été créée quelques années après votre départ du Maroc et compte parmi ses membres un nombre important d’historiens, toutes spécialités confondues.  C’est là une occasion pour vous entretenir avec ceux qui ne connaissent pas vos publications en français ainsi que ceux dont les publications en arabe ne vous parviennent pas .

Certains, peut-être, s’étonnent qu’un historien français, non arabisant, ait pu écrire autant sur l’histoire du Maroc. C’est pourquoi il n’est pas inutile de dire pour quelles raisons cela a pu se produire.

  • On aimerait connaître, si possible vos débuts .

D’accord. Je suis né en mars 1934 à Paris. Mes parents étaient des gens d’origine très humble, mon père d’une nombreuse famille ouvrière de l’est de la France, ma mère d’une famille paysanne du nord. De 1939 à 1945, j’ai grandi dans les années difficiles de la deuxième guerre mondiale. Ma première année scolaire, 1939-1940, s’est faite dans un petit village de Picardie et a été écourtée par l’invasion allemande. A suite des études primaires dans une ville de la banlieue parisienne, le directeur au vu de résultats encourageants a incité mes parents à m’inscrire au lycée en octobre 1944, après la libération de Paris. Jusqu’en juin 1951, où j’ai obtenu le baccalauréat, j’ai fréquenté le lycée Charlemagne de bonne réputation, mais avec des résultats passables. L’année suivante j’ai tenté une classe préparatoire au lycée Henri IV, tout en étant inscrit à la Sorbonne en Propédeutique. Puis j’y ai commencé une licence d’histoire, que j’ai continuée à Strasbourg. J’ai eu la chance d’y avoir de très bons professeurs, en particulier Claude Cahen, à l’époque le spécialiste incontesté du monde musulman. Après un mémoire , en 1956, sur les industries du Pays de Bitche (Moselle), berceau de ma famille paternelle, je me suis présenté au concours de l’agrégation et l’ai réussi de justesse en 1957.

  • Quelles sont les circonstances qui expliquent votre venue au Maroc ?

L’actualité était marquée par la guerre d’Algérie et le risque était d’y être nommé dans un contexte difficile. Par chance, le Maroc redevenu indépendant demandait des professeurs, car nombreux étaient ceux qui avaient quitté le pays à ce moment. Ma candidature a été acceptée et, deuxième chance, j’ai été nommé non dans un lycée de la Mission française, mais dans un du Ministère de l’Education Nationale marocain, le Lycée Mohammed V, précédemment Collège Musulman, à Marrakech, où je suis arrivé en octobre 1957.

  • Avez-vous rencontré des difficultés pour vous adapter à  ce monde nouveau pour vous ?

Non aucunement. Des collègues, qui avaient accepté la nouvelle donne, nous ont accueilli et guidé dans nos premiers pas. Jeunes enseignants venus de France, nous étions assez nombreux et, pour la plupart, curieux de découvrir un monde nouveau. C’est ainsi qu’aux vacances de printemps nous nous sommes entassés à quatre dans une 4 CV Renault achetée par un collègue et avons fait un périple dans le sud jusqu’à Midelt et sommes revenus par le Moyen Atlas. J’ai vite rencontré une jeune professeure d’espagnol du lycée de la Mission, fille d’enseignants, qui avait voulu revenir au pays de sa naissance. Nous nous sommes mariés en France en septembre 1958 et sommes revenus à Marrakech.

  • Comment se présentaient pour vous les conditions de travail à cette époque ?

J’ai donc eu à enseigner en français à de jeunes garçons marocains un programme qui restait celui des années du Protectorat. Il fallait être clair et simple, chose difficile pour un débutant (sachez qu’à cette époque nous n’avions eu aucune formation pédagogique).Je m’y suis attaché jusqu’en octobre 1959, où, en raison de la situation de guerre en Algérie, j’ai dû accomplir mon service militaire,sur place heureusement.

  •   Considérez- vous ces deux années comme des années perdues ?

 Pas totalement dans la mesure où j’ai pu profiter de permissions pour visiter la montagne au sud de Marrakech, à cette époque vide de touristes et voir de près la vie de ses habitants. Libéré en octobre 1961, j’ai été affecté au lycée Ibn Abbad, l’ex lycée Mangin, à Marrakech, dans lequel on trouvait des classes de garçons et des classes de filles, ce qui représentait un changement notable.La question des programmes commençait à être sérieusement débattue, mais peu de changements y avaient été apportés. Au Ministère, la personne chargée de l’enseignement de l’histoire et de la géographie ne faisait pas preuve d’une grande activité dans ce domaine.

  • Est-ce-à dire que vous avez sacrifié la recherche   au profit de l’enseignement?

Pas tout à fait. ayant fait la connaissance d’archéologues de l’Antiquité classique amis de ma femme, j’ai voulu me lancer dans l’archéologie islamique, où tout était à faire. J’ai obtenu en octobre 1962 un détachement au C. U. R. S. à Rabat, structure dépourvue de moyens et de programme, mais dans laquelle j’étais à peu près libre. Pendant une année, marquée par des ennuis divers, j’ai pu faire des reconnaissances de terrain à partir de la lecture de sources comme al-Bakri, al-Idrissi etc. Pour des raisons diverses, en particulier des problèmes de santé de ma seconde fille, asthmatique, nous sommes revenus à Marrakech en octobre 1963 et j’ai repris mon poste au lycée Ibn Abbad. Pendant l’été de 1964, j’ai fait des fouilles à Volubilis dans le quartier bas, près de l’oued Khoumane. Mais comme je ne me sentais pas assez  compétent, les résultats n’en ont pas été publiés, ce qui est regrettable, j’en conviens. Je garde toutefois de cette expérience un goût très vif pour l’archéologie dont les apports me semblent essentiels en raison de la rareté relative des sources écrites pour les siècles anciens.

  • Vous avez  pu mener  en parallèle à la fois l’enseignement et la recherche sur le terrain.

En effet, je travaillas à la fois dans plusieurs domaines. Très vite j’ai été associé au travail d’un groupe impulsé par Raymond Prallet, un Français qui avait défendu sur place l’idée de l’indépendance du Maroc et qui , à ce titre, avait la confiance des autorités.Il s’efforçait, d’une part, d’adapter les programmes d’histoire et, d’autre part, de créer des outils pédagogiques à l’usage des enseignants qui seraient chargés de les appliquer. Il faut bien insister sur le fait que, dans la plupart des cas, ils étaient livrés à eux-mêmes, qu’ils aient été coopérants français  ou jeunes marocains débutants. Dans les lieux où ils avaient à faire classe, il n’y avait le plus souvent pas de bibliothèque. Pour ce travail indispensable et participer à des réunions qui se tenaient à Rabat ou à Casablanca, j’ai bénéficié d’une décharge de quelques heures. C’était très intéressant et j’ai pu constater combien les cours de Claude Cahen m’étaient utiles.

Dans le même temps, Je n’ai pas rompu avec la recherche. J’ai voulu publier le résultat de reconnaissances sur le terrain. C’est ainsi que la revue Hesperis-Tamuda a accueilli en 1964 un article sur la mine du Jebel Aouam.J’ai poursuivi sur la question des mines anciennes, car il m’est apparu qu’elles avaient joué un rôle important dans l’économie du pays, en combinant sources anciennes, rapports de géologues et d’ingénieurs avec des sorties sur le terrain. Il devait en résulter une étude qui a paru dans deux numéros de la Revue de Géographie du Maroc en 1970, avec une carte des sites connus, et la même année dans Hesperis-Tamuda un article sur la mine de Tamdult dans le sud du Maroc. En 1967, un article sur l’ancien port de Kouz, dont j’avais visité le site, y avait paru. Je voulais ainsi tenter d’explorer des voies nouvelles pour l’histoire économique, en utilisant des sources non classiques.

  • Au début, vous vous êtes consacré essentiellement au travail sur le terrain. Cependant, vous avez pu participer avec efficacité à l’élaboration du célèbre ouvrage collectif sur l’histoire du Maroc. Vous  avez apporté une forte contribution au succès de cet ouvrage de référence et vous l’avez marqué de votre empreinte.

Le travail de notre commission a permis l’envoi régulier dans les lycées et collèges de fiches destinées aux professeurs et à l’édition, en 1967, d’une Histoire du Maroc dirigée par Jean Brignon (récemment décédé) en collaboration avec Abdelaziz Amine, Brahim Boutaleb, Guy Martinet et moi-même. Raymond Prallet voulait en confier la rédaction à une équipe  de 3 français et de 3 marocains, mais Abdallah Laroui contacté a refusé d’en faire partie. Dans ce livre, j’ai traité la Préhistoire, l’Antiquité, l’islamisation jusqu’à l’arrivée des Almoravides et le XVIe siècle sa‘dien, soit environ 120 pages sur 400, et j’ai conçu des tableaux et de nombreuses cartes dessinées par Claudine Brignon. Nous avons essayé dans cet ouvrage de renouveler autant que possible la vision du passé marocain. Raymond Prallet, hélas, n’a pas pu voir le résultat de ses efforts, car il a trouvé, avec la plus grande partie de sa famille, une mort tragique dans un accident de la route. Il fallait poursuivre. Jean Brignon et moi avons pris sa suite, tant dans l’inspection que dans la confection de fiches et de manuels.

AHISTOIRE-DU-MAROC

…. A suivre 

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